Un avion d'affaires connecté est un réseau informatique qui se déplace. Il héberge des dirigeants, des informations confidentielles et parfois des échanges stratégiques. Comme tout réseau, il peut être la cible de tentatives d'intrusion ou d'interception. La cybersécurité de la cabine mérite donc la même attention que celle des bureaux de l'entreprise, avec quelques spécificités liées à l'environnement aéronautique. Voici les bonnes pratiques à mettre en place.
Le principe fondamental : la séparation des domaines
À bord d'un aéronef, on distingue généralement plusieurs domaines de réseau : les systèmes de contrôle et de navigation de l'avion, les systèmes d'information de la compagnie et de l'équipage, et le réseau des passagers. Les architectures aéronautiques sont conçues pour isoler les systèmes critiques de l'avion des réseaux ouverts aux passagers. Cette séparation est un élément des exigences de conception et d'approbation, et elle ne doit jamais être remise en cause par une modification de configuration.
Pour l'exploitant, la règle est simple : tout ce qui relève de la cabine doit rester dans son domaine, et aucune connexion ne doit être ajoutée entre le réseau passagers et les équipements de l'avion en dehors de ce qui a été prévu et approuvé. Toute modification matérielle est réalisée par des partenaires certifiés, conformément aux règles de navigabilité applicables.
Sécuriser le réseau sans fil de la cabine
- Utiliser un chiffrement wifi robuste et un mot de passe changé régulièrement, jamais affiché en permanence dans la cabine.
- Isoler les appareils des passagers les uns des autres, afin qu'un ordinateur compromis ne puisse pas atteindre ses voisins.
- Créer des réseaux distincts pour les passagers, l'équipage et éventuellement les équipements de divertissement.
- Désactiver les fonctions d'administration accessibles depuis le réseau passagers.
- Limiter la puissance d'émission pour éviter un rayonnement inutile hors de l'appareil, notamment au sol.
Protéger les communications des passagers
Le VPN d'entreprise
La liaison satellitaire et le réseau du fournisseur ne doivent pas être considérés comme de confiance. Les dirigeants doivent utiliser le VPN de leur entreprise pour accéder aux ressources internes. Il convient de vérifier en amont que ce VPN fonctionne correctement sur la liaison satellitaire, car la latence ou certains filtrages peuvent poser des difficultés.
Les communications vocales
Pour les échanges sensibles, des applications de communication chiffrées de bout en bout sont préférables aux appels classiques. Si la téléphonie de cabine est intégrée au standard de l'entreprise, comme nous le décrivons sur notre page VoIP, les flux doivent être chiffrés.
Maintenir les équipements à jour
Le routeur de cabine, le modem satellitaire et les points d'accès sans fil reposent sur des logiciels qui peuvent présenter des vulnérabilités. Leur mise à jour doit être planifiée en lien avec le fournisseur et l'atelier de maintenance, selon les procédures applicables, et documentée. Il faut également gérer les comptes d'administration : changer les mots de passe par défaut, limiter le nombre de personnes autorisées et désactiver les accès inutiles.
Supervision et journalisation
La journalisation des connexions et des événements de sécurité permet de détecter des comportements anormaux et d'analyser un incident. Ces journaux doivent être conservés dans le respect des règles de protection des données personnelles.
Le facteur humain
La meilleure architecture ne protège pas contre les erreurs humaines. La sensibilisation des passagers réguliers, de l'équipage et du personnel de cabine est indispensable :
- Ne pas se connecter à un réseau wifi inconnu au sol en se croyant sur celui de l'avion.
- Ne pas brancher de clés USB ou d'équipements non maîtrisés sur les systèmes de cabine.
- Verrouiller les ordinateurs et ranger les documents sensibles lors des escales.
- Signaler tout comportement inhabituel du réseau ou des équipements.
Au sol aussi
Sur les aéroports, l'appareil reste exposé : réseaux wifi publics à proximité, accès physique d'intervenants extérieurs. Les procédures de sécurité doivent couvrir ces phases. Pour les appareils gouvernementaux, une capacité dédiée comme la bande X et des chiffreurs approuvés peuvent compléter le dispositif.
La cybersécurité d'un aéronef connecté repose sur une combinaison de choix d'architecture, de configuration rigoureuse, de maintenance et de sensibilisation. En l'intégrant dès la conception du projet de connectivité, vous protégez durablement vos passagers et leurs informations.


