L'accès à internet est devenu l'un des premiers critères examinés par les marins lorsqu'ils choisissent un employeur. Rester en contact avec sa famille, suivre l'actualité, gérer ses démarches administratives ou se former en ligne pendant plusieurs mois en mer n'est plus un luxe. La Convention du travail maritime (MLC 2006), amendée en 2022, invite d'ailleurs les États à veiller à ce que les gens de mer aient un accès raisonnable aux communications à bord, et le sujet occupe une place croissante dans les discussions sur le bien-être des équipages. Encore faut-il que cet accès soit bien conçu, pour ne pas dégrader les flux opérationnels du navire.
Séparer clairement les réseaux
La règle de base est la séparation stricte entre le réseau de l'équipage et les réseaux d'exploitation. Les appareils personnels, dont l'état de sécurité est inconnu, ne doivent jamais partager le même segment que les ordinateurs de passerelle, les systèmes de la salle des machines ou les postes administratifs.
- Créez un réseau Wi-Fi dédié à l'équipage, isolé par VLAN et par pare-feu.
- Activez l'isolation entre clients pour qu'un téléphone infecté ne puisse pas atteindre les autres appareils.
- Prévoyez des points d'accès dans les cabines ou les zones de vie, et non uniquement au carré, pour éviter les attroupements et respecter l'intimité des appels.
Cette séparation est aussi un élément important de votre démarche de cybersécurité, conformément aux orientations de l'OMI sur la gestion des cyber-risques.
Dimensionner la bande passante
Le dimensionnement dépend de l'effectif, de la durée des rotations et des habitudes d'usage. Plutôt que de raisonner en débit total, raisonnez en expérience par personne : un appel vidéo stable, une messagerie réactive, la possibilité de regarder une courte vidéo en dehors des heures de pointe.
Les constellations en orbite basse, comme Starlink Maritime, ont nettement élevé le niveau d'attente des équipages grâce à leur faible latence. Sur un lien géostationnaire, il reste tout à fait possible d'offrir un bon service, à condition de gérer finement les priorités. Dans tous les cas, une analyse des usages pendant les premières semaines permet d'ajuster le dimensionnement sur des données réelles.
Mettre en place des règles d'usage équitables
Sans règles, quelques utilisateurs intensifs peuvent saturer le lien au détriment de tous. Plusieurs mécanismes permettent de garantir l'équité :
- Quotas individuels, journaliers ou mensuels, attribués via des identifiants personnels ou des codes d'accès.
- Limitation de débit par utilisateur, pour qu'aucun appareil ne monopolise la capacité.
- Priorisation applicative : la messagerie et la voix passent avant le streaming en haute définition et les téléchargements volumineux.
- Plages horaires : réserver davantage de capacité à l'équipage hors des heures d'exploitation intenses.
- Blocage des mises à jour automatiques massives des téléphones et ordinateurs personnels, ou leur report vers des créneaux creux.
Ces règles doivent être expliquées clairement à l'équipage, idéalement affichées et rappelées à chaque embarquement. La transparence réduit fortement les frustrations.
Garantir la priorité aux flux du navire
Le réseau équipage ne doit jamais empêcher l'envoi d'un rapport, la réception d'une instruction de l'armateur ou une session de maintenance à distance. Le routeur de bord doit réserver une part de la capacité aux flux opérationnels, quelle que soit la charge côté équipage. Sur une architecture multi-liens, il est fréquent de diriger le trafic équipage vers le lien offrant le plus grand volume, tout en gardant le lien le plus fiable pour l'exploitation.
Penser support et confidentialité
Un service apprécié est un service qui fonctionne et dont on sait à qui signaler un problème. Désignez un référent à bord, souvent l'officier électronicien ou le second, et prévoyez une procédure de support avec votre intégrateur. Veillez également au respect de la vie privée : les journaux de connexion doivent être gérés conformément au cadre légal applicable, et l'équipage doit savoir quelles données sont conservées.
Un accès internet bien conçu améliore le moral, facilite le recrutement et contribue à la sécurité, car un marin moins isolé est souvent un marin plus serein. Avec une architecture séparée, des règles équitables et un dimensionnement fondé sur les usages réels, il est possible de concilier bien-être de l'équipage et performance opérationnelle.



