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Cybersécurité à bord : appliquer les directives de l'OMI au quotidien

Résolution MSC.428(98), lignes directrices OMI, IACS E26 et E27 : comment intégrer concrètement la gestion des cyber-risques dans l'exploitation d'un navire.

Article en français.

Les navires modernes sont des systèmes connectés : cartes électroniques, systèmes de propulsion supervisés, communications satellites, réseaux d'équipage, interfaces avec le bureau à terre. Cette connectivité, indispensable, expose aussi le navire à des menaces informatiques. L'Organisation maritime internationale a donc pris position : la résolution MSC.428(98) demande que les cyber-risques soient traités dans le système de gestion de la sécurité (SMS) prévu par le Code ISM, et les lignes directrices MSC-FAL.1/Circ.3, révisées depuis, proposent un cadre de gestion. Voici comment traduire ces textes en pratiques concrètes.

Comprendre le cadre réglementaire

Depuis 2021, les audits de conformité au Code ISM peuvent porter sur la prise en compte des cyber-risques dans le SMS. Les lignes directrices de l'OMI s'articulent autour de cinq fonctions inspirées des référentiels de cybersécurité reconnus : identifier, protéger, détecter, réagir et rétablir.

Par ailleurs, l'IACS a publié les exigences unifiées UR E26 (cyber-résilience du navire) et UR E27 (cyber-résilience des systèmes et équipements embarqués), applicables aux navires dont le contrat de construction a été signé à partir du 1er juillet 2024. Pour la flotte existante, les recommandations de l'industrie, notamment les guides publiés par les associations d'armateurs, restent les références de travail.

Identifier : connaître ce qui est à bord

On ne protège bien que ce que l'on connaît. La première tâche consiste à établir un inventaire des systèmes informatiques (IT) et opérationnels (OT) du navire :

  • équipements de passerelle : ECDIS, radars, AIS, systèmes intégrés de navigation ;
  • systèmes de la salle des machines et automatismes ;
  • terminaux satellites, routeurs, pare-feu et points d'accès Wi-Fi ;
  • postes administratifs, serveurs et appareils de l'équipage ;
  • accès distants des constructeurs et prestataires.

Pour chaque élément, notez qui l'administre, comment il est mis à jour et à quels réseaux il est relié.

Protéger : segmenter et contrôler les accès

La mesure la plus efficace reste la segmentation des réseaux. Les systèmes opérationnels, l'administration du bord et le Wi-Fi de l'équipage doivent être séparés par des VLAN et des règles de pare-feu explicites. Le terminal satellite ne doit jamais exposer directement un équipement critique à internet.

  1. Changez systématiquement les mots de passe par défaut des équipements, y compris des modems satellites et des antennes.
  2. Limitez les accès distants aux seuls prestataires autorisés, via des connexions chiffrées et journalisées, activées uniquement lorsque nécessaire.
  3. Désactivez les ports USB inutiles sur les postes sensibles et encadrez l'usage des supports amovibles, vecteur classique d'infection.
  4. Appliquez les correctifs de sécurité selon une procédure validée, en coordination avec les fabricants pour les systèmes certifiés.

Détecter, réagir et rétablir

Les incidents arrivent malgré les précautions. L'enjeu est de les repérer tôt et de savoir quoi faire. Une supervision du trafic sortant permet de déceler des comportements anormaux, par exemple un poste qui envoie soudainement de grands volumes de données. Côté réaction, le SMS doit contenir des procédures claires : qui prévenir, comment isoler un équipement compromis, comment poursuivre la navigation en mode dégradé.

Le rétablissement suppose des sauvegardes régulières et testées des configurations critiques, ainsi que des solutions de repli : cartes papier ou ECDIS de secours, moyens de communication alternatifs. Une architecture de connectivité disposant d'un second lien satellite indépendant contribue aussi à la résilience. Les solutions d'installation réseau conçues dès le départ avec une segmentation claire facilitent grandement ces démarches.

Former l'équipage et impliquer le bureau à terre

La majorité des incidents commencent par une erreur humaine : une pièce jointe ouverte, une clé USB branchée, un mot de passe partagé. La formation de l'équipage, adaptée aux réalités du bord, est donc essentielle. Des exercices réguliers, au même titre que les exercices incendie ou d'abandon, ancrent les bons réflexes. Le bureau à terre doit, de son côté, désigner un responsable de la cybersécurité de la flotte et suivre les incidents.

La cybersécurité maritime n'est pas un projet ponctuel mais une démarche continue, intégrée au SMS et révisée à chaque évolution du navire. En commençant par l'inventaire, la segmentation et la formation, vous couvrez déjà l'essentiel des risques les plus courants.

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